La Blonde

Poésie : La Blonde.

 

Hier, sans mobile apparent,

Et aussi incongru et surprenant

Que cela m’apparût dans l’instant

J’ai fait un rêve fulgurant :

 

J’ai eu envie d’une blonde…

 

Ma raison me conseillait pourtant

De résister à cette curieuse tendance

Tant était encore présent

Dans ma mémoire, la funeste expérience.

 

Pour moi, qui adore les brunes incendiaires

Leur piment, leur charme, leur caractère,

Je ne m’explique pas cette manière

De céder  ainsi à cette chimère.

 

Une blonde, pensez y…

 

Il n’est que de ressasser, amère,

Tout le mal que m’a fait la dernière,

 

 

Et pourtant incidemment,

Je  me retrouvais dans l’instant

Attablé à la terrasse d’un café

Sous pression,

Énervé, à déguster

Une blonde

A la pression…

Extrait de Madame MACHIAVEL

Nouvelle : Madame Machiavel

 

 

 

Le machiavélisme n’est pas l’apanage des femmes, loin de moi cette pensée discriminatoire mais force est d’admettre que certaines femmes ont dépassé le maître de la manipulation Niccolo Machiavelli.

Jugez plutôt avant de pousser des cris d’Orfraies.

L’histoire que je vais vous compter est vraie, elle a fait l’objet d’un jugement devant un tribunal parisien et les faits ont été établis sans que le doute ne soit permis.

Jeanne Machiavel, c’est le nom que je vais donner à mon héroïne pour sauvegarder son anonymat, a 35 ans et occupe depuis quelques mois une modeste fonction d’opératrice de saisie dans un centre d’EDF des Yvelines. Mariée depuis peu à un brillant ingénieur commercial d’une grande entreprise internationale, elle suit son mari lorsque son entreprise envoie ce dernier aux Etats-Unis.

Quatre ans plus tard, Madame Machiavel revient en France toujours aux bras de son mari, deux têtes blondes en excédent de bagages, et s’installe pour quatre nouvelles années sur la côte d’azur à Monte Carlo, plus précisément.

 Avouez qu’il existe des lieux d’expatriation plus exposés !

La carrière de haut vol, que son mari accomplie,  les conduit tous deux, quatre nouvelles années plus tard à Paris, où Monsieur intègre le siège parisien de son entreprise, sorte de concrétisation de carrière. Madame a 43 ans, Monsieur 50, le ciel semble bleu.

Bleu comme l’avis recommandé du tribunal des affaires familiales de Versailles qui, telle une cartouche de chevrotine, atteint Monsieur en plein vol. Mort pour la vie de couple, le mariage et l’amour.

Que reproche la partie adverse à Monsieur :

« Madame le juge, il est vieux et se complaît de cette situation, regardez ces photos de lui il y a quinze ans, dix ans et aujourd’hui : quinze kilos de ventre et des cheveux blancs voilà la différence. Il ne se préoccupe que de son travail, me néglige et depuis peu s’est mis à boire. Certes un alcoolisme mondain, qui sied à son milieu mais qui déteint sur son caractère et nos relations. Regardez les résultats de ces analyses médicales, admirez la montée du taux des gamma-GT, lisez cette main courante du commissariat de mon quartier qui démontre les mauvais traitements que je subis, lisez les attestations de mes amies qui témoignent de la souffrance et du mal être qui sont  les miens. »

-          Que répondez-vous à ces accusations :

 

« Madame le juge, si vous le permettez, je vais répondre en ma qualité d’avocat et de conseil de Monsieur, qui est bien trop abattu pour assurer lui même sa défense. Monsieur est vieux nous dit-on de l’autre côté de la barre, et en effet il a pris quinze ans depuis ces photos de mariage que l’on vous montre. Il a pris du poids et des cheveux blancs mais n’est ce pas le lot commun de beaucoup d’hommes. Enfin les gamma-GT n’ont jamais démontré l’existence d’un alcoolisme sans préjuger de la manœuvre honteuse qui consiste à l’exposer en public. De la part d’une épouse, le stratagème est particulièrement abject. J’ajoute que mon client n’est pas connu pour être un alcoolique ou pour fréquenter les bars, j’ai aussi des attestations dans ce sens, puisqu’on nous accuse.  Enfin, Monsieur travaille, voilà qui devient une tare de nos jours. Et oui, il assume seul la subsistance matérielle du foyer de madame et des deux enfants. Pour cela, il passe du temps à son bureau, à son travail ce qu’exigent ses hautes responsabilités. Où est le mal ? »

La qualité des arguments ne changera rien à l’affaire. Une femme a parfaitement le droit de demander le divorce et les juges ne cherchent plus à distinguer les bonnes des mauvaises raisons. Même s’il faut trois ans pour cela.

Il y a demande, il y a divorce. Et les conséquences sont invariablement les mêmes :

La garde des enfants à Madame car la mère reste toujours l’experte en matière d’éducation dans nos civilisations judéo-chrétiennes.

L’appartement parisien, foyer du couple et des enfants lui revient également selon le sacro-saint concept qu’il ne faut pas déraciner ces chères têtes blondes et Madame reçoit une pension confortable compte tenu des revenus de Monsieur pour chacun de ses enfants et une autre pour elle, bien sûr qui n’a pas de ressource et a dû abandonner son travail pour suivre son mari et lui permettre d’accomplir sa carrière. Au passage, il est de mise d’oublier les domestiques, les vacances aux Seychelles et la collection de bijoux et de parures qui habille le mal être de Madame.

 

A Monsieur il ne reste que quelques Kleenex pour sécher ses yeux, son désespoir et sa solitude loin de son foyer et de ses enfants. La chute est dure, surtout quand le coup n’était pas prévisible.

Mais Madame a fait feu dans la bonne fenêtre de tir. Après quarante cinq ans, il est plus difficile de refaire sa vie, même avec un bel appartement parisien et un confortable compte en banque. Les rides ne font pas de cadeau. C’est pourtant un mot féminin. 

Madame Machiavel a plusieurs cordes à son arc et après avoir expédier de main de maître le plan A, elle met en œuvre le plan B.

Pour suivre son mari aux « States », Madame Machiavel a pris soin de demander à son employeur EDF, un congé sans solde, une mise en disponibilité pour convenances personnelles.

Les règlements de la grande fée « Electricité » le lui permettent et cela sans condition de durée. Voilà son contrat de travail suspendu mais non rompu et une épée de Damoclès sur la tête d’EDF. A son retour des Etats-Unis, elle demande à réintégrer son poste où plutôt un poste équivalent dans la région Alpes maritimes, puisque c’est là que s’installe son mari.

 

La fée « Electricité » ne fait quand même pas de miracle et ne peut satisfaire à la demande de la dame, qui au demeurant n’est pas trop appuyée. Cela arrange tout le monde. Mais pendant quatre ans, Madame prendra soin de réitérer son libelle et lorsque son mari sera muté sur la région parisienne, elle complètera sa demande dans ce sens.

 

                          *

 

Plus de dix ans ont passé depuis que Madame a cessé son travail.

Que voulez vous qu’EDF fasse d’elle ?

Les travaux de saisie informatique qui constituaient son savoir faire ont été depuis longtemps informatisés et les postes, comme le sien, supprimés. Son centre de rattachement est mis sous  plan social depuis des lustres et d’autres qu’elle, cherchant sérieusement un emploi sont prioritaires aux yeux d’EDF. Enfin pendant ses séjours aux Etats-Unis et sur la côte d’azur, cherchait-elle vraiment un job ?

 

Oui, mais voilà EDF est  dans une situation inextricable par la combinaison de trois règlements.

En premier lieu, toute réforme ou simple modification de la convention collective particulière à cette institution publique ne peut se faire qu’avec l’accord express des syndicats signataires de ladite convention. Voyez-vous un syndicat revenir sur l’article 20 de ce texte hyper protecteur pour le salarié et  qui lui permet le congé de mise en disponibilité pour convenances personnelles sans limitation de durée ? Posez la question c’est y répondre : voilà des deux premiers textes.

Le troisième concerne le pouvoir de licenciement de l’employeur. Ce dernier ne peut s’exercer que dans le cadre d’une commission paritaire de conciliation et il est plus que rare que la partie syndicale donne son accord à licenciement. Il faudrait que l’impétrant est tué père et mère sur son lieu de travail, et encore.

Dans le cas d’une employée en recherche de poste et pour laquelle EDF ne parvient pas à s’exécuter, la décision sera toujours négative.

Aussi après plusieurs tentatives, EDF renonce à licencier Madame Machiavel et devant son peu d’empressement à reprendre une activité, les deux parties se satisfont de ce no- man’s land juridique.

 

Et les années passent. Dix sept ans exactement.

Cette situation a bien servi Madame dans sa demande de divorce. Sans emploi et sans ressource, elle a obtenu de substantielles pensions alimentaires puis une très grosse prestation compensatoire, qui font d ‘elle aujourd’hui une femme très à l’aise. Mais à présent c’est sa situation de femme divorcée qui va lui servir à tondre EDF.

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