Greens et petites balles blanches

Le golf est un sport qui se joue avec des petites balles blanches parfois jaunes ou encore oranges. Mais rarement avec des balles de 22 long rifle, n’est-ce pas ?

 

Trop dangereux !

 

Et pourtant Roland de Chopin, riche et omnipotent patron du plus grand groupe de médias français en fera la triste expérience à l’arrivée du green du parcours N° 6.

 

L’affaire se complique quand le principal associé de Chopin, meurt à son tour sur le green du 12 du golf de St Cloud.

 

L’enquête confiée à Greg Delano, désormais commissaire principal de la «Criminelle », s’oriente tour à tour vers les milieux du golf, de la bourse, sans exclure la famille.

 

Faîtes, avec Greg un parcours initiatique de golf et attention au Green du 18.

Vient de reparaître sur thebook..

2. Juin, 2016

Extrait: Chapitre I

    Au trou N°6 des petites balles pas si blanches...

 Soleil de plomb, chaleur de canicule,

Pas un souffle d’air ne circule.

Etouffant de moiteur, les fers et les bois brûlants,

Chaque pas est au cœur, un effort violent.

 

Roland de CHOPIN se demandait à cet instant de la partie si ce jeu méritait tant de peine. Mais il ne montrerait rien de son inconfort devant son fils Eric, ni les deux parfaits inconnus que la Direction du golf lui avait adjoint.

 

Décidément celle-ci entendrait parler de lui à coup sûr. A St Cloud, son club attitré en région Parisienne, il exigeait de partir seul avec son fils ou ses invités. Ici, à Royan, bien que sociétaire et même généreux donateur pour le trophée local d’été, la direction du planning trouvait toujours le moyen de lui adjoindre des partenaires de partie.

 

Aujourd’hui, il n’avait envie de parler à personne en dehors de son fils.

 

Il recherchait le moyen d’être seul avec Eric afin de lui faire comprendre qu’il serait temps, à 27 ans passés, de prendre en main sa carrière. Il lui avait confié les filiales de Londres et l’imprimerie de l’Oise depuis 3 ans. Cela n’était pas une franche réussite au regard des derniers résultats. Londres avait même franchement appelée au secours et il devrait bientôt nommer un remplaçant à son propre fils.

 

Roland de CHOPIN avait fêté en mars ses 62 ans et désespérait de trouver le successeur idéal pour reprendre la direction de son groupe de presse nationale et européenne. 40 titres de journaux et de presse magazine, deux gratuits, deux TV, six imprimeries en France et un réseau privé de distribution, 4000 personnes employées et 500 millions de chiffre d’affaires. Le groupe avait acquis un solide rôle de leader en magazine féminin, en presse TV et en presse politique à grand public. De CHOPIN faisait et refaisait les gouvernements, disait on pour louer et admirer sa puissance.

 

Pourtant tout n’avait pas été si simple pour créer cet empire. A la mort de son père Marcelin, disparu en mer à bord de son voilier, il avait dû batailler ferme pour faire valoir ses droits.

 

Son père avait tout légué à son frère aîné François, le préféré de toujours. Les titres, les immeubles de PARIS, la grande bâtisse de Montfort l’Amaury, berceau de la famille et le groupe de presse en pleine prospérité.

 

Des années d’une procédure juridique minutieuse pour faire reconnaître ses titres de propriété, et surtout l’aide précieuse de son ami de toujours, Edouard MAS, éminent juriste et aujourd’hui associé minoritaire du groupe. Les juges, de guerre lasse, lui avait fait attribuer une petite part des journaux du groupe et quelques appartements.

 

Et en vingt ans à peine, Roland de CHOPIN avait tout reconstruit et rénové au point de faire du groupe CHOPIN la plus grande entreprise de presse de France. Alors même que son frère François s’écroulait sous les dettes et les échecs.

Aujourd’hui, il avait enfin gagné son combat et tué le père. En son for intérieur, il reconnaissait que l’attitude de son père lui avait donné ce souffle pour se battre et vaincre qui avait tant fait défaut à son frère.

 

Il était de la race des seigneurs, éprouvé par le combat de la vie.

 

Dans cet état d’esprit, il ne pouvait supporter l’idée d’un autre chemin pour son fils unique Eric. L’oisiveté et les passe droits tolérés jusque là, ne pouvaient plus se poursuivre. Le gamin était un homme, au plan de l’état civil et devait faire ses preuves dans les affaires, loin du groupe, puis revenir en patron.

 

Roland de CHOPIN avait choisit le prétexte de cette partie de golf pour faire part de ses plans à son fils. La présence de ces deux invités dans la partie le gênait quelque peu, mais ne lui ferait pas renoncer à son projet. Il y avait urgence.

 

Christian SCHILTZ et Gil PARIS ne se connaissaient pas de toute évidence, ils avaient été placés là au hasard des inscriptions par la direction du planning.

 

Christian, pensa Roland est assez insignifiant. Il s’était présenté comme notaire associé d’une étude de Rochefort. Par ailleurs, piètre golfeur, sa conversation paraissait des plus réduites et conventionnelles.

 

Gil PARIS semblait un type bien plus intéressant : jeune, un peu plus de 30 ans, diplômé d’économie et d’une excellente école anglaise dans le Sussex, il travaillait pour une compagnie internationale de gestion de fonds de pension basée à Londres. Surtout, Gil était manifestement sportif et un excellent golfeur.

 

Son « drive » (1) au départ du trou N° 1 avait été impressionnant. 250 mètres au minimum, d’une rectitude parfaite avec un mouvement de « swing » à faire pâlir un champion.

 

(1) NDA : Voir lexique en fin d’ouvrage.

 

Gil avait annoncé un handicap 25, mais Roland de CHOPIN était persuadé qu’il valait bien plus. Lui même était à l’index 25 depuis quelques années et son fils jouait en 15, après des années de cours privés et de stages avec les meilleurs professeurs de golf du monde. Et la différence était saisissante.

 

L’approche au trou N° 2 avait été un modèle du genre, tout en toucher de balle pour extraire celle-ci d’un bunker à trente mètres du drapeau, avec un véritable mur en sortie de plus d’un mètre de haut. Et la balle avait roulé jusqu’à trente centimètres du trou.

 

Et ce « putting » au trois comme au quatre : un coup à couper le souffle ; prés de huit mètres d’une pente sinueuse entre deux plateaux. Injouable pour Roland et guère mieux pour son fils Eric.

 

Roland et Eric étaient admiratifs quand Gil se présenta au départ du 6. Un long PAR 5 de 525 mètres avec un « dodleg » à droite très prononcé et un green protégé par deux pièces d’eau entourant un « bunker » très profond.

Le « swing » de Gil fut large et puissant ; la tête du bois résonna sèchement sur la balle et celle-ci fusa comme un projectile sort du canon d’un fusil. Décrivant une longue hyperbole ni trop haute ni trop prononcée, la balle subit un léger « slice » sur la fin de la courbe qui additionné avec une rafale de vent l’envoya très à droite vers un bois de pins parasols.  

 

Roland de CHOPIN qui s’approchait du départ à son tour et avait suivi la balle des yeux, ne put s’empêcher de remarquer :

 

-          Quel « swing », au moins 260 à 275 mètres. Quel dommage que le vent vous ait contrarié, n’est-ce pas ?

 

-          Le vent n’y ait pour rien, j’ai mal terminé mon mouvement et j’ai mis du « slice » tout seul dans cette balle. J’hésite à remettre une balle « provisoire » car je ne suis pas sûr de la retrouver.

 

-          Je ne pense pas qu’elle soit rentrée très profondément dans le bois, maintenant faîtes comme vous le souhaiter.

 

-          Bon, j’irais la rechercher. Au pire, cela me fera une pénalité. Je vous laisse jouer.

 

Les trois autres jouèrent à leur tour avec moins de longueur et des fortunes diverses.

 

Gil était dans les sous bois à chercher sa balle quand Roland approchait du green, d’un maître coup de fer 7 en approche. Eric et Christian devaient eux sortir du bunker lequel avait entrepris de ruiner leur carte.

 

Roland pensa en lui même que son fils traînait sans cesse sur le parcours et qu’il aurait du mal à l’avoir à ses côtés pour lui parler. Il fallait pourtant engager cette conversation qui lui tenait à cœur.

 

Il décida d’attendre ses partenaires avant de jouer son dernier coup de « putt » et sortit le « putter » de son « caddie » tout en ôtant son gant pour marquer sa balle.

 

En se redressant, il vit le tueur, face à lui dans le coucher du soleil et la stupeur n’eut pas le temps de s’inscrire sur son visage qu’il fut saisi d’une fulgurante douleur.

 

Roland de CHOPIN  s’écroula comme une masse sur l’herbe tendre du green, mort. 

 

Le coup avait retentit presque sans bruit.

 

Eric et Christian se précipitèrent vers le corps de Roland, bientôt rejoint par Gil témoin de la scène. Roland de CHOPIN gisait au milieu du green, les bras en croix et les jambes écartées, les yeux ouverts lui donnaient une expression de stupeur, une balle et une perle de sang au milieu du front.

 

Eric était terrorisé et hurlait son désespoir, Christian s’allongea sur la victime pour écouter son cœur et déclara :

 

-          Est-il mort ? je n’entends pas le cœur battre.

 

Gil, qui s’était approché à son tour, fit le même constat :

 

-          Il faut appeler le SAMU. Qui a un portable ?

 

-          Pour le SAMU c’est trop tard, il faudrait mieux appeler la police.

 

-          Vous avez raison. Avez-vous un téléphone cellulaire ?

 

-          Non, je n’en amène jamais sur un terrain de golf.

 

Eric repris son souffle et indiqua qu’il en avait un dans son sac de golf.

Gil repartit en direction du sac qu’il fouilla, découvrit le mobile et composa le numéro de la direction du golf lui intimant l’ordre d’appeler les secours et la police.

 

Il retourna ensuite chercher son sac, laissé dans le sous bois et revint vers le green.

 

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